La traçabilité des médicaments est obligatoire en France depuis le 9 février 2019 : chaque officine doit vérifier l’authenticité et décommissionner chaque boîte sérialisée via le répertoire national France MVS avant de la remettre au patient. Concrètement, il s’agit de suivre chaque médicament de sa fabrication jusqu’à sa dispensation. Cette obligation réglementaire vise à lutter contre la contrefaçon et à garantir la sécurité sanitaire. L’enjeu est réel : selon l’Organisation mondiale de la Santé (fiche mise à jour en décembre 2024), environ 1 médicament sur 10 circulant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de qualité inférieure ou falsifié, ce qui justifie pleinement les dispositifs de traçabilité comme la sérialisation.
Cadre Réglementaire de la Traçabilité
La traçabilité des médicaments repose sur la directive européenne 2011/62/UE, transposée en droit français par l’ordonnance 2012-1427, et sur le règlement délégué (UE) 2016/161, qui en fixe les modalités. Ce système impose depuis février 2019 la sérialisation des médicaments soumis à prescription, sauf exceptions.
Le dispositif concerne :
- Les médicaments soumis à prescription médicale, sauf exceptions listées par le règlement (médicaments homéopathiques, gaz médicinaux…)
- Quelques médicaments sans ordonnance désignés au niveau européen, comme l’oméprazole 20 et 40 mg en gélules gastrorésistantes
- Les médicaments génériques et biosimilaires soumis à prescription
L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) est l’autorité à alerter en cas de suspicion de falsification, tandis que le contrôle des officines relève des pharmaciens inspecteurs des ARS. Le système s’appuie sur le répertoire national France MVS, géré par France MVO et relié au hub européen de l’EMVS (European Medicines Verification System).
Système de Sérialisation et Identifiants Uniques
Chaque boîte de médicament tracée porte un identifiant unique à 2D Data Matrix contenant un numéro de série, le code produit, le numéro de lot et la date d’expiration. Un dispositif antieffraction complète cette sécurisation.
Le code à 2D Data Matrix comprend :
- GTIN (Global Trade Item Number) : identification du produit
- Numéro de série unique : jusqu’à 20 caractères (chiffres ou lettres), généré aléatoirement
- Numéro de lot de fabrication
- Date d’expiration au format AAMMJJ
Le dispositif antieffraction permet de vérifier que l’emballage n’a pas été ouvert ou altéré. Il peut s’agir par exemple :
- D’une étiquette de sécurité qui se déchire à l’ouverture
- De rabats collés
- D’un film ou d’un sceau de sécurité sur l’emballage
L’identifiant unique permet de vérifier l’authenticité de la boîte, et le dispositif antieffraction son intégrité, avant dispensation.
Obligations des Pharmaciens d’Officine
Les pharmaciens doivent vérifier l’authenticité de chaque médicament tracé avant dispensation et procéder à sa “décommission” dans la base de données. Cette vérification s’effectue par scanner du code 2D Data Matrix. Pourtant, la couverture reste incomplète : selon l’USPO (Union des syndicats de pharmaciens d’officine), fin 2024, seules 75 % des boîtes de médicaments dispensées en France étaient effectivement vérifiées et désactivées via la sérialisation, faute d’activité de certaines officines et pharmacies hospitalières. Début décembre 2024, toujours selon l’USPO, 972 officines étaient encore non actives sur France MVO, l’organisme qui gère le répertoire national de vérification des médicaments, dont 248 en Île-de-France.
Les étapes obligatoires :
- Scanner le code 2D Data Matrix
- Vérifier le statut “Actif” dans la base
- Contrôler l’intégrité du dispositif antieffraction
- Décommissionner le produit lors de la dispensation
- Conserver les preuves de traçabilité
Ces alertes ne sont pas rares. Selon l’USPO, en novembre 2024, le taux d’alertes générées par la sérialisation oscillait entre 0,2 % et 0,3 %, soit quatre à six fois plus que l’objectif cible fixé à 0,05 %. La plupart de ces alertes sont d’origine technique (double désactivation, lecteur défaillant). En cas de doute réel sur l’authenticité d’une boîte, le pharmacien ne la délivre pas, l’isole et en informe sans délai l’ANSM. Documenter ces incidents s’inscrit dans une démarche plus large de conformité réglementaire en pharmacie.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Produit authentique | Désactivation puis dispensation |
| Alerte « déjà désactivé » | Vérifier une erreur de manipulation (une désactivation peut être annulée dans les 10 jours) ; en cas de doute, ne pas délivrer et signaler |
| Code illisible | Saisir manuellement les données imprimées en clair à côté du code |
| Code inconnu ou dispositif antieffraction altéré | Ne pas délivrer, mettre en quarantaine et signaler sans délai à l’ANSM |
Outils et Technologies de Mise en Œuvre
La mise en œuvre de la traçabilité repose sur un équipement simple : un lecteur de codes 2D et un logiciel de gestion d’officine connecté au répertoire national France MVS. Le coût reste en général limité : la vérification est intégrée au LGO, et la connexion via le connecteur de l’Ordre était facturée 44 € HT par an (tarif communiqué en 2021).
Équipements indispensables :
- Lecteur de codes 2D (Data Matrix) compatible
- LGO connecté au répertoire national France MVS
- Connexion internet stable et sécurisée
- Carte CPS pour la connexion via l’infrastructure du Dossier Pharmaceutique
Selon l’Ordre national des pharmaciens, deux modes de connexion existent :
- Le connecteur proposé par l’Ordre, qui s’appuie sur l’infrastructure du Dossier Pharmaceutique et les cartes CPS
- La connexion directe, après enregistrement auprès de France MVO, avec l’aide de votre éditeur de LGO
L’intégration avec le logiciel de gestion pour pharmacie optimise les flux de travail et réduit les erreurs de manipulation.
Gestion des Exceptions et Cas Particuliers
Le règlement européen prévoit un cas particulier : si un problème technique empêche la vérification au moment de la dispensation, le pharmacien enregistre l’identifiant unique, puis vérifie et désactive la boîte dès que le problème est résolu. Gardez une trace de ces situations : la procédure de l’archivage des documents en pharmacie s’applique également aux justificatifs de traçabilité.
Autres points de vigilance :
- Une désactivation effectuée par erreur peut être annulée dans les 10 jours, sous conditions
- Une boîte rapportée par un patient ne peut être ni réactivée ni remise en stock : elle rejoint la filière de collecte des médicaments non utilisés
- Une boîte suspecte est isolée et signalée sans délai à l’ANSM
Contrôles et Sanctions
Le contrôle des officines relève des pharmaciens inspecteurs des ARS, et le défaut de désactivation peut être sanctionné financièrement depuis le 1er janvier 2024 : une pénalité de 2 000 € maximum, renouvelable par période de trois mois, prévue à l’article L. 162-16-3-2 du code de la sécurité sociale et précisée par le décret du 30 novembre 2023.
Principaux points de contrôle :
- Taux de vérification des médicaments tracés
- Fonctionnement des équipements de contrôle
- Conservation des justificatifs
- Procédures de signalement des incidents
- Formation du personnel aux procédures
Les sanctions encourues :
- Pénalité financière de 2 000 € maximum, renouvelable chaque trimestre (soit jusqu’à 8 000 € par an)
- Notification par la caisse locale d’Assurance maladie ou par l’ARS, jamais par les deux pour les mêmes faits, avec un délai d’un mois pour se mettre en conformité
- Sanctions disciplinaires de l’Ordre (avertissement, blâme, interdiction temporaire ou définitive d’exercer)
La préparation aux audits de pharmacie doit intégrer tous les aspects de la traçabilité pour éviter ces sanctions.
Impacts sur la Gestion d’Officine
La vérification s’ajoute au scan de chaque boîte, mais le répertoire national doit répondre en moins de 300 millisecondes dans au moins 95 % des cas (article 35 du règlement délégué 2016/161). Cette charge administrative s’accompagne de coûts d’équipement et de formation, mais renforce la sécurité sanitaire et l’image professionnelle.
Impacts opérationnels :
- Gestion des alertes au comptoir
- Formation de l’équipe aux procédures
- Adaptation des espaces de travail
- Nouveaux protocoles de gestion des stocks
Bénéfices constatés :
- Réduction des erreurs de dispensation
- Meilleur suivi des péremptions
- Renforcement de la confiance patients
- Protection contre les contrefaçons
L’intégration dans le contrôle de gestion en pharmacie permet d’optimiser les coûts et de mesurer le retour sur investissement des outils de traçabilité.
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Quels médicaments sont concernés par la traçabilité ?
Les médicaments soumis à prescription sont concernés depuis le 9 février 2019, sauf exceptions listées par le règlement européen (médicaments homéopathiques, gaz médicinaux…). S’y ajoutent quelques médicaments sans ordonnance désignés au niveau européen, comme l’oméprazole 20 et 40 mg en gélules gastrorésistantes.
Que faire si le scanner ne lit pas le code 2D ?
Vérifiez d’abord l’état du code et le fonctionnement du lecteur, puis saisissez manuellement les données imprimées en clair à côté du code. En cas de doute sur l’authenticité de la boîte, ne la délivrez pas, mettez-la en quarantaine et signalez-la sans délai à l’ANSM.
Combien coûte la mise en conformité traçabilité ?
Le coût reste généralement limité : la vérification est intégrée au LGO, et la connexion via le connecteur de l’Ordre était facturée 44 € HT par an (tarif communiqué en 2021). Prévoyez au besoin un lecteur 2D compatible.
Quelles sanctions risque-t-on en cas de non-conformité ?
Une pénalité financière de 2 000 € maximum, renouvelable par période de trois mois (soit jusqu’à 8 000 € par an), prononcée par la caisse d’Assurance maladie ou par l’ARS. Des sanctions disciplinaires de l’Ordre peuvent s’y ajouter.
Comment gérer les urgences quand le système est en panne ?
En cas de problème technique empêchant la vérification, le règlement européen permet de délivrer la boîte en enregistrant son identifiant unique : la vérification et la désactivation sont effectuées dès que le système est rétabli. Gardez une trace de ces situations.



